Chapitre 01
Un ingénieur qui ne pouvait pas acheter ce qu'il cherchait
Roy Gandy ne voulait pas fabriquer des platines. Il voulait réparer. Un jouet cassé qu'il n'arrivait pas à remettre en état enfant, un vélo qu'il fallait entretenir pour aller à l'école, des motos reconstruites à partir de pièces de récupération, des guitares taillées dans des chutes de bois, une voiture de rallye montée au niveau des compétitions nationales — toujours pour la même raison : il n'avait pas les moyens d'acheter la qualité qu'il voulait, alors il a appris à la fabriquer. Quand il travaillait comme ingénieur chez Ford, cette habitude était devenue quelque chose de plus utile que le talent. Il l'appelait l'instinct de reconnaître que quelque chose ne va pas, et l'impatience d'aller chercher ce qui va.
Les tourne-disques n'allaient pas. La meilleure platine de l'époque portait un bras qui heurtait tout ce que son sens de l'ingénieur lui avait appris. Une concurrente plus chère ronflait du bruit de son moteur. Un kit bon marché, sur le papier le pire des trois, sonnait mieux que les deux autres — et aucun critique ne semblait vouloir demander pourquoi. En 1973, dans l'Essex, il a cessé de demander et s'est mis à construire. La première platine Rega s'appelait la Planet.